18h, l'espoir est là. L'espoir de voir arriver enfin ce changement dès le premier tour, l'espoir de renverser enfin les monstres sacrés de la politique, de créer un nouveau visage de cette politique dont les français attendent beaucoup !
Avec une participation de près de 85%, ce goût nouveau pour la politique, accompagné de la volonté de ne pas voir à nouveau planer l'ombre du 21 avril 2002 au dessus du second tour, semble avoir poussé le pays aux urnes.
Avant de me clouer sur un fauteuil devant la télévision, je me suis alors rendu au dépouillement de la ville de Charolles. Les premières enveloppes sont ouvertes et les premiers noms fusent. Sarkozy. Bayrou. Royal. Bayrou. Sarkozy. Royal. La même voix monocorde lance ces noms immédiatement comptés et recomptés. Entendre ces quelques noms de la bouche de simple citoyens et non pas de grands médias à la mise en scène théâtrale, semble humaniser un peu ces personnages.
Frappe alors le premier LE PEN. Dans le bal des autres noms cités, il reste figé et résonne dans ma tête. Il m'apparaît alors brusquement intolérable qu'un nom si lourd de sens puisse être lu avec tant de calme. C'est cette même voix monotone et froide qui il y a quelques secondes me faisait sourire qui vient de prononcer ce nom que trop connu de Le Pen. Il parait que ça s'appelle la démocratie. « La démocratie est un mauvais système, mais elle est le moins mauvais de tous les systèmes » disait Churchill, considérons que c'est un défaut de fabrication !
Mais les minutes passent et mon rendez-vous avec France Télévision se rapproche dangereusement. Je ne suis pourtant membre de rien, je n'ai d'ailleurs même pas pu voter, mais le stress que suscite en moi cette élection dépasse de loin ce que j'avais pu penser.
Impatient, les yeux rivés inutilement sur le compte à rebours, le sourire en coin des présentateurs m'agace. Alors toutes mes certitudes s'effondrent. L'arrivée très souriante de Dominique Strauss-Kahn et celle plus discrète de Jean-Marie Cavada ne trompe personne : Bayrou ne sera pas au second tour.
Les résultats tombent. Certains sont ravis, l'euphorie est filmée aux bastions de droite comme de gauche. Sur le coup, j'avoue que je ne comprend plus les français. Je ne réfléchis pas encore, je fulmine contre un peuple qui n'a pas su saisir sa chance de changer le système en profondeur, je m'insurge contre un électorat de gauche qui s'est laissé piéger par un vote « utile ». Ces petits candidats dont on attendait encore beaucoup ont été balayés par le souvenir d'une gauche absente au second tour en 2002. Les français auraient-ils abandonnés leurs idéaux pour voter par calcul ? Ou bien auraient-ils reportés leurs espoirs sur une façade de rassemblement de la gauche ?
A force de m'étonner de ces scores que je trouve terrifiant, témoignant d'une progression évidente d'un bipartisme à l'américaine, j'en viens à oublier momentanément celui que j'ai défendu.
Plus de 18%... contre 6% en 2002... Cela veut bien dire quelque chose. La France ne l'a pas fait mais elle a essayé. Sept millions de français ont tout de même cru en ce changement et cela n'est plus négligeable. Malgré le goût amer de la défaite, cette élection n'est pas un échec.
Luttant sans cesse contre des machines politiques et médiatiques rodées depuis des décennies et parées à faire chuter une éventuelle troisième force, celle-ci s'est levée et a pu dire fièrement ses idées dans cette campagne. Les forteresses politiques, à défaut d'être abattues, ont été fissurées.
Qu'il s'agisse du second tour ou des législatives, cette troisième force n'est plus négligeable. Qu'importe celui qui sera élu, il devra travailler avec le centre. La nouvelle majorité est née, et par les législatives, la France le concrétisera. Le temps de l'opposition est terminé, celui de la construction est arrivé. Le futur président de la république, qu'il s'agisse de Nicolas Sarkozy ou de Ségolène Royal ne pourra désormais plus faire sans le centre.
Avec le recul, ce premier tour apparaîtra peut-être comme une petite révolution du centre, préservant la France du bipartisme qui gagne du terrain. Quant à l'extrême droite, ne nous réjouissons pas trop vite. Un français sur dix qui vote Le Pen, cela n'a rien de réjouissant, surtout lorsqu'on sait la campagne très à droite menée par Sarkozy pour ramener une bonne partie de cet électorat.
Nous ne sommes à l'abri de rien, alors restons vigilants. Pour les cinq années qui viennent, quelque soit le président, travailler ensemble pour la France et pour l'Europe est une nécessité qui dépassera les clivages habituels, sans quoi cette France se détournerait trop vite de la politique comme auparavant, avec les conséquences qui en découleraient...
Petienne